Pape Gahn Bâ : « stimuler l’entrepreneuriat dans un pays reste un processus sérieux qui prend du temps »

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Il faut avouer que le contexte national actuel est marqué par la forte ébullition autour de l’entrepreneuriat avec de nombreuses initiatives coté promotion. Des jeunes veulent de plus en plus entreprendre mais ils n’ont pas tous les services de bases nécessaires dans l’accompagnement même si des efforts sont faits dans ce sens autour de projets et programmes du secteur privé comme du public. Le Sénégal compte à ce jour 400 882  unités économiques avec une forte représentativité de PME dont  (99,8 %), 81,8 % sont des entrepreneunants, dans nos statistiques nationales  et cela va sans doute augmenter dans les mois à venir. Mais il faut noter que la plus part chez les entreprenants sont à l’étape initiale de création communément appelé dans le jargon de l’écosystème entrepreneurial «earlier stage».

Dans cet entretien exclusif accordé à l’expert en entrepreneuriat M. Pape Gahn Bâ fait le tour de la question.

Publi Tech EchoLa Direction de l’Entrepreunariat Rapide (DER), suffit-elle à apporter une réponse adéquate à l’entrepreneuriat au Sénégal? 

Pape Gahn Bâ : Il faut se détromper. La DER ne réglera pas tous les problèmes dans le domaine de l’entrepreneuriat. La réponse est là : c’est un fonds de 30 Milliards qui peut stimuler l’entrepreneuriat certes mais la masse d’investissement nécessaire pour financer tous les projets viendra qu’avec les fonds d’investissements tout confondus et les structures de financement classique (banque & IMF). Je pense qu’il nous faut travailler à avoir plus de fonds d’investissement, de capitaux et de business Angels pour absorber le besoin en financement des milliers  de projets que nous avons dans ce pays. Mettre en place la DER a été une bonne chose mais il ne faut pas se leurrer ça ne permettra pas d’accélérer comme on le décrit « l’Entrepreneuriat Rapide » au Sénégal.

« On a jamais vu un pays dans le monde là où l’entrepreneuriat est rapide ».

Car stimuler l’entrepreneuriat dans un pays reste un processus sérieux qui prend du temps et nécessite une mise en cohérence d’un dispositif soutenu en matière d’accompagnement et de financement. Il nous faut travailler à développer un vrai écosystème avec la chaîne d’acteurs dont nous avons besoin à différent niveau. L’autre équation est de «sourcer» de bons projets viables et les accompagner vers le financement avec aussi un suivi post financement. Il ne faudrait pas  que les gens pensent que financer les projets uniquement servirait à régler le problème.

« J’ai l’habitude dire que l’entrepreneuriat est un «TOUT» et ce n’est qu’en créant le parcours de l’entrepreneur avec tous les services BDS qu’on arrivera à le stimuler positivement dans un pays »

Publi Tech Echo : L’entrepreunariat : un ensemble de compétences et d’acquis ! Qu’est-ce que le parcours de l’entrepreneur ?

Pape Gahn Bâ : Le parcours de l’entrepreneur est un mélange qui va des compétences en pré-accompagnement jusqu’au post financement. De l’idée de projet, dans sa formulation et son développement dans un business plan, l’entrepreneur a besoin d’être accompagné. Finit cette étape où il poursuit avec la recherche de fonds d’amorçage. A ce niveau également il a besoin d’être accompagné pour savoir quel est le bon crédit de financement à prendre et comment il va travailler à avoir un plan d’actions clair avant même  les décaissements. Ensuite il aura besoin de formation sur les aspects techniques, les aspects de gestion de la petite activité, la normalisation et l’accompagnement vers l’exportation dans le cas où il a un produit ou service qu’il peut exporter. Tous ces éléments-là devront faire appel à des compétences spécifiques avec des services dédiés. Donc ce qui va s’en dire qu’il faut que l’ensemble des services techniques ou financiers  travaillant sur ces aspects puissent constituer une chaîne harmonisée et puissent collaborer en composante. Ce qui nous permettra d’avoir un « Parcours de l’Entrepreneur Sénégalais » à l’image du guichet unique que nous avons dans la création d’entreprise. Sans cela nous aurons beaucoup investi de ressources dans la promotion de l’entrepreneuriat mais les résultats escomptés ne seront pas au rendez-vous.

Publi Tech Echo: La place de l’aspect financement dans le processus d’entrepreunariat?

Pape Gahn Bâ : Le financement est un aspect important dans la chaîne car sans financement, il ne peut pas y avoir de projets. Donc elle occupe une place importante dans le dispositif. Il nous faudra travailler à avoir plus de fonds d’investissements pour les projets au Sénégal. Il faudra aussi que les IMF souvent qui ont des produits pour des Start up puissent s’aligner et proposer plus de produits adaptés aux besoins des entrepreneurs. Plus précisément dans les formes de crédit et la baisse des intérêts au niveau des taux.

Le problème majeur qui pourrait se poser reste le problème de garantie pour un entrepreneur qui démarre mais cela peut être réglé vu que nous avons en place un fonds de garantie nationale qui peine à jouer proprement son rôle mais qui reste quand même un mécanisme que l’on peut dynamiser .

Publi Tech Echo : Quel est l’importance de suivi post financement ?

Pape Gahn Bâ : Il est d’une importance capitale car après le financement il y’a un accompagnement à faire pour l’entrepreneur. L’aider à prioriser son investissement, assurer les plans de décaissement, suivre la mise en œuvre et la gestion financière de l’activité. Ce qui parait très simple mais parfois complexe et surtout si l’entrepreneur n’a pas eu en amont  une bonne assise en éducation financière. Donc il est crucial d’avoir un dispositif de suivi post financement parce que cela ne veut pas dire que lorsque le financement est acquis, le projet va réussir. On a vu des projets au départ avec tout le financement nécessaire mais qui ont fait long feu. Il y’a d’énormes contraintes dans la partie exploitation d’une activité qui nécessite souvent des réajustements et parfois une adaptation selon le contexte et le marché.

Publi Tech Echo : Les moyens financiers suffisent-ils ? Ne faut-il pas également une mise à niveau continue des Start up.

Pape Gahn Bâ : Je l’ai évoqué en haut,  les moyens ne suffisent pas. Il nous faut davantage un investissement dans ce sens,  si nous voulons stimuler fortement notre économie locale et donner plus d’emplois aux jeunes. Il est sans doute que cela passera par l’investissement afin que nous puissions atteindre la barre des 2,5 millions  d’unités économiques créées. 400 882 UE restent encore faibles pour un pays qui compte plus de 14 millions d’habitants. Ce qui veut dire qu’il nous faut plus de capitaux propres, plus de fonds d’investissement et de business angels. Le crowdfunding est aussi un levier sur lequel nous devons travailler avec la mise en place de plates formes à l’échelle continentale  et enfin pousser le système de financement classiques et les banques à plus desserrer l’étau autour de leurs offres de financement.

« Nous avons tout au Sénégal! Ce qu’il nous faut c’est un peu plus d’audace et de créativité dans notre manière de faire »

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