L’armée américaine développe un drone capable de voler éternellement

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L’armée américaine travaille à la mise au point d’un drone potentiellement capable de voler sans jamais atterrir, grâce à une alimentation énergétique à distance par faisceau laser. Mise en parallèle avec le blocage des discussions internationales sur l’encadrement des armes létales autonomes, la nouvelle a de quoi inquiéter les adversaires des « robots tueurs ».

Ça va vraiment devenir compliqué de refermer la boîte de Pandore. Surtout si le mal qu’elle contenait peut voler éternellement…

En août 2017, plus d’une centaine de chercheurs et entrepreneurs, dont Elon Musk et le cofondateur de Google DeepMind, signaient une lettre ouverte à l’ONU l’implorant d’agir vite contre les armes autonomes, c’est-à-dire dotées d’une intelligence artificielle et agissant sans aucun contrôle humain : « Une fois ouverte cette boîte de Pandore, elle sera difficile à refermer », prévenaient-ils. La dernière trouvaille de l’armée américaine ne va sans doute pas les rassurer.

 La DARPA, la branche R&D du département de la Défense américain, travaille sur un drone rechargeable en l’air par faisceau laser. Théoriquement, l’engin n’aurait donc plus jamais besoin d’atterrir. C’est ce qu’expliquait le 8 août le site américain Popular Mechanics : « La DARPA va tester son concept en faisant voler [le drone] Silent Falcon et en le visant avec un laser depuis le flanc d’une montagne ».

Vol éternel, sauf en cas de brouillard

L’appareil fonctionne avec des panneaux solaires fixés sur les ailes et des batteries dans le fuselage, détaille Popular Mechanics. Des tirs de laser en direction des panneaux solaires permettraient au drone de voler « indéfiniment ». Sous certaines conditions cependant : la technologie laser a le défaut de mal supporter les obstacles. De la fumée, du brouillard ou de la pluie risqueraient ainsi de le rendre moins puissant, voire de l’entraver complètement. En parfaites conditions, la DARPA espère pouvoir recharger ses drones jusqu’à une distance de 11 km.

Le drone Silent Falcon, choisi par la DARPA pour son expérimentation. (© Silent Falcon UAS)

Cette solution pour augmenter l’autonomie des robots n’est pas vraiment inédite, comme le souligne le MIT Technology Review. En mai dernier, le site de l’Institut de technologie du Massachusetts relayait les travaux de chercheurs de l’université de Washington. Ces derniers avaient réussi à faire voler un minuscule drone insectoïde en lui fournissant de l’énergie par faisceau laser.

Pas de traité pour les robots tueurs

Si la technologie est transposée avec succès sur de plus gros drones, elle pourrait permettre de très nombreuses applications, commerciales comme militaires, note Popular Mechanics : « Les drones pourraient voler pendant des semaines, remplissant leurs contrats ou missions, sans atterrir avant que le travail ne soit accompli ».

Si une telle opiniâtreté dans le travail à de quoi réveiller un imaginaire assez effrayant, les robots tueurs autonomes ne sont pas encore une réalité tangible capables de traquer sans relâche Sarah Connor. L’actualité ne laisse cependant rien présager de bon pour la suite. Du 27 au 31 août, les experts de 88 États étaient réunis à Genèvesur impulsion de l’ONU précisément pour avancer sur un traité international encadrant les armes létales autonomes. Mais les discussions ont échoué à acter ne serait-ce que l’ouverture d’une négociation sur un futur traité juridiquement contraignant.

Parmi les Etats opposés à un tel traité figurent notamment la Russie, la Corée du Sud et… les Etats-Unis. Sans doute pour ne pas couper les ailes de leur nouveau « faucon silencieux ».

Vincent Lucchese